(Actualisé tout du long avec éléments et déclarations supplémentaires)
par Nandita Bose, Simon Lewis et Jacob Gronholt-Pedersen
WASHINGTON/NUUK, Groenland, 14 janvier (Reuters) - D onald Trump a répété mercredi que les Etats-Unis avaient besoin du Groenland, disant ne pas pouvoir compter sur le Danemark pour protéger l'île, tout en exprimant son optimisme en vue d'un accord avec Copenhague pour la gouvernance du territoire autonome danois, bien que ces commentaires laissent présager de tensions géopolitiques accrues entre les deux alliés de l'Otan.
Le président américain s'exprimait devant les journalistes après la tenue, plus tôt dans la journée à la Maison blanche, d'une réunion entre représentants de haut rang américains, danois et groenlandais lors de laquelle des "divergences fondamentales" ont été constatées.
Présentant le Groenland comme
vital pour la sécurité américaine, Donald Trump a répété ces dernières semaines sa volonté de prendre le contrôle de l'île de l'Arctique, à la localisation stratégique et riche en minerais, et a dit envisager toutes les options.
Il n'a pas exclu une intervention militaire, des propos qui ont provoqué des tensions avec le Danemark et des secousses dans les rangs de l'Otan, d'autant plus après que les Etats-Unis ont bombardé ce mois-ci le Venezuela et capturé son président Nicolas Maduro.
Le Groenland et le Danemark, auxquels des pays de l'Union européenne ont apporté la semaine dernière leur soutien, affirment que le territoire n'est pas à vendre et que les menaces de recours à la force sont irresponsables, appelant à résoudre entre alliés les préoccupations en matière de sécurité.
Plusieurs pays européens, dont la France, ont annoncé l'envoi cette semaine de soldats au Groenland pour prendre part à une mission conjointe.
"RIEN QUE LE DANEMARK PUISSE FAIRE"
Donald Trump a déclaré mercredi après-midi que le "Groenland est très important pour le sécurité nationale, y compris celle du Danemark". "Et le problème", a-t-il poursuivi devant les journalistes, "c'est qu'il n'y a rien que le Danemark puisse faire si la Russie ou la Chine veulent occuper le Groenland".
"Mais nous, on peut tout faire. Vous l'avez constaté la semaine dernière avec le Venezuela", a ajouté le président américain dans le Bureau ovale.
Quelques heures plus tôt, peu avant le début de la réunion entre le vice-président américain JD Vance, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio et les chefs de la diplomatie danoise et groenlandaise, Donald Trump avait écrit sur les réseaux sociaux que l'Otan deviendrait "bien plus redoutable et efficace" avec le Groenland entre les mains des Etats-Unis. "Rien de moins n'est acceptable", avait-il ajouté.
A l'issue des discussions, qui ont duré moins de deux heures, le ministre danois des Affaires étrangères a évoqué une réunion courtoise et constructive, mais a fait état de "divergences fondamentales".
Lors d'une conférence de presse, Lars Lokke Rasmussen a souligné que l'administration Trump n'avait pas changé d'avis concernant la nécessité d'acquérir le Groenland, une hypothèse que son homologue groenlandaise Vivian Motzfeldt et lui-même ont décrite comme une violation de souveraineté inacceptable.
"Nous n'avons pas réussi à changer la position américaine", a-t-il dit aux journalistes devant l'ambassade danoise à Washington. "Il est clair que le président (Trump) a ce souhait de conquérir le Groenland".
Un groupe de travail va être mis en place par les Etats-Unis et le Danemark afin de se pencher sur un éventail de préoccupations à propos du Groenland, a-t-il rapporté, ajoutant que Copenhague partageait les préoccupations sécuritaires de Washington dans l'Arctique.
Lars Lokke Rasmussen a rejeté l'idée avancée par l'administration Trump selon laquelle le Groenland était assiégé par des navires russes et chinois. "Il est faux de dire que nous avons des bâtiments de guerre chinois tout autour", a-t-il dit.
PRÉSENCE MILITAIRE ACCRUE
En amont des discussions à la Maison blanche, Nuuk et Copenhague ont déclaré avoir commencé à renforcer leur présence militaire au Groenland et autour de l'île, en coopération étroite avec des alliés de l'Otan, afin de réaliser leur promesse d'accroître la défense de l'Arctique.
Selon le ministère danois de la Défense, un éventail d'exercices militaires sont prévus dans ce cadre tout au long de l'année 2026.
La France a envoyé du personnel militaire au Groenland en vue d'un exercice auquel prendront part les troupes de plusieurs pays alliés, a déclaré mercredi à Reuters un représentant de l'armée. Peu de détails ont été fournis. Il est attendu que le président Emmanuel Macron apporte des précisions jeudi.
A Berlin, un porte-parole du gouvernement a fait savoir à Reuters que l'Allemagne enverrait jeudi des soldats de reconnaissance au Groenland, confirmant une information de Bild. La Suède et la Norvège ont effectué des annonces similaires.
La réunion organisée à la Maison blanche représentait une opportunité pour le Danemark et le Groenland d'apaiser les tensions et de trouver une voie diplomatique pour satisfaire les demandes américaines, ont dit des analystes.
"L'objectif final est de trouver une forme d'arrangement ou de conclure un accord (...), ou au moins de calmer suffisamment la rhétorique de Donald Trump", a déclaré Andreas Osthagen, directeur de recherche de l'Institut Fridtjof Nansen, basé à Oslo, avant la réunion.
Noa Redington, analyste et ancien conseiller politique de l'ex-Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt, a dit penser que le Danemark et le Groenland craignaient que leurs ministres des Affaires étrangères subissent mercredi le même traitement que le président ukrainien Volodimir Zelensky, publiquement humilié en février 2025 lors d'une rencontre avec Donald Trump et JD Vance à la Maison blanche.
"Il s'agit de la réunion la plus importante de l'histoire moderne du Groenland", a-t-il déclaré à Reuters.
PARIS PRÉVIENT DE "CONSÉQUENCES EN CASCADE INÉDITES"
Alors qu'ils avaient par le passé insisté sur le droit de l'île à l'autodétermination, les dirigeants groenlandais semblent avoir changé d'approche dans leur gestion de la crise diplomatique, mettant désormais l'accent sur l'unité avec le Danemark.
"Ce n'est pas le moment de jouer avec notre droit à l'autodétermination alors qu'un autre pays parle de nous annexer", a déclaré le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen lors d'un entretien au quotidien Sermitsiaq publié mercredi. "Cela ne veut pas dire que nous ne voulons rien pour l'avenir. Mais ici et maintenant, nous faisons partie du royaume (danois), et nous sommes aux côtés du royaume. C'est crucial dans cette situation grave", a-t-il ajouté.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen a déclaré que la phase la plus délicate du différend sur l'avenir du Groenland pourrait encore se produire.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré mercredi que le Groenland pouvait compter sur le soutien de l'UE. "Nous respectons les souhaits et les intérêts des Groenlandais, et ils peuvent compter sur nous", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Bruxelles.
Pour sa part, Emmanuel Macron a assuré que Paris ne sous-estimait pas les déclarations relatives au Groenland.
"Si la souveraineté d'un pays européen et allié était touchée, les conséquences en cascade seraient inédites", a-t-il dit, selon des propos rapportés par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. "La France suit la situation avec la plus grande attention et inscrira son action en pleine solidarité avec le Danemark et sa souveraineté."
(Nandita Bose, Susan Heavey et Doina Chiacu à Washington, Jacob Gronholt-Pedersen à Nuuk, Tom Little et Stine Jacobsen à Copenhague, Terje Solsvik et Gwladys Fouche à Oslo, avec John Irish, Elizabeth Pineau et Jean-Stéphane Brosse à Paris, Jan Strupczweski à Bruxelles; version française Benjamin Mallet et Jean Terzian)

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